Togo Prof Togoata Apedo-Amah : « Mgr Philippe Kpodzro fait de la diversion »

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On le connaît par ses critiques vis-à-vis du régime Rpt-Unir au pouvoir. Lui, c’est le Professeur Togoata Apedo-Amah. Dans une interview accordée à la rédaction d’Icilomé.com, il a dressé un tableau analytique de la situation sociopolitique du pays. Tirant d'abord à boulet rouge sur la proposition de Mgr Philippe Kpodzro en ce qui concerne la modification de certains vers de l’hymne national, le professeur tente ensuite d’expliquer les motifs de l’abstention des Togolais dans les affaires politiques, avant d’apporter son expertise sur l’arme que doit disposer la société civile pour empêcher l’adoption de la loi portant modification de la loi de 1901 sur la liberté associative. Bonne lecture.

Quelle est votre position en ce qui concerne le changement de certains vers de l’hymne national du Togo, comme l’a proposé Mgr Philippe Fanoko Kpodzro ?

Mgr Philippe Kpodzro fait de la diversion. Je considère que c’est un traître. Parce qu’il fait le jeu de la dictature. Il dit que certains vers de l’hymne national sont écrits dans le contexte de la colonisation, parce qu’on était sous domination étrangère, sous l’oppression coloniale, n’est ce pas ? Mais aujourd’hui nous sommes en dictature donc toujours sous l’oppression. Faure est venu au pouvoir en faisant au moins mille morts. Et les morts continuent à tomber. Les gens de Mango n’ont toujours pas enterré les corps de leurs compatriotes qui sont tombés pour avoir réclamé leur droit. Ils sont toujours à la morgue. Tout ceci veut dire que la violence continue. Vous savez, la colonisation c’est une dictature imposée par l’étranger sur un pays, mais quand des nationaux imposent la dictature on parle de dictature mais c’est toujours de l’oppression. C’est l’oppression des nationaux sur des nationaux. Donc à partir de là, il ne peut dire que tout ça c’est fini.

C’est un scandale qu’un prêtre puisse dire des choses comme ça, alors qu’il voit toujours les gens souffrir en réclamant leur liberté. Les syndicats, les étudiants, les élèves … tout le monde veut la liberté. Au même moment, on ferme des radios et on vote une loi qui met la liberté de presse en danger. Malgré tout cela, lui se lève pour qu’on modifie les vers de l’hymne national symbole de la liberté, Non. On doit batailler encore pour arracher notre liberté, elle n’est pas encore acquise. Ce monsieur nous propose la résignation face à l’arbitraire, face à l’oppression érigée en règle dans ce pays. C’est inadmissible. C’est en cela que je le qualifie de traître.

Malheureusement, le clergé catholique a un long passif vis-à-vis du peuple togolais. Sous la colonisation, il était allié aux colons. Après l’indépendance, ces prélats se sont encore associés aux différents dictateurs qui ont gouverné ce pays et bafoué les droits des Togolais. Je crois qu’il faut leur dire que ça suffit.

Qu’est ce qui explique, selon vous, la démobilisation du peuple togolais en ce qui concerne les manifestations publiques ?

La démobilisions de la population que l’on constate aujourd’hui est le résultat de la trahison des soi-disant partis de l’opposition, l’UFC, ANC, CAR, CDPA etc. Ce sont tous ces anciens partis du code 1 code 2 qui sont à l’origine de cette démotivation de la population aujourd’hui. Au lieu de combattre la dictature, ils ont passé l’essentiel du temps à se combattre eux-mêmes et de la sorte à démobiliser les Togolais. Et puis leur stratégie, s’il faut même parler de stratégie puisqu’ils n’en ont jamais.

C’est quand il y a des élections qu’on sent leur présence. Pire, bien qu’ils sachent que ces élections sont toujours frauduleuses, ils y vont quand même, parce qu’il y a de l’argent à partager. Donc par rapport à cela, il y a une très grande abstention, puisque les Togolais ne comprennent plus rien. Et ils ne veulent plus s’accoquiner avec ces soi-disant opposants qui sont des traîtres et ne font que renforcer la dictature. C’est pour cela qu’il y a la démobilisation que nous connaissons aujourd’hui.

La dernière élection présidentielle on a vu la force de l’abstention. Ça veut dire que le dictateur de service et ses opposants qui ne sont que des faire-valoir de la dictature ont été condamnés par le peuple togolais. C’est tout ce qui explique toutes ces démobilisations puisque personne ne sait plus qui est qui. Ils disent, pas d’élections sans réforme, et ceux qui ont clamé haut et fort cette idée, ce sont eux qui sont partis aux élections. Mais c’est de la trahison. Donc par rapport à cette trahison, comment voulez-vous que le peuple togolais suive ces traîtres ? Les pires ennemis du peuple togolais aujourd’hui, ce sont ces faux opposants, parce qu’ils démobilisent le peuple togolais pour le compte de la dictature de Faure Gnassingbé et de son clan Rpt.

Quelle arme dispose la société civile togolaise pour empêcher l’adoption de la loi portant modification de la loi de 1901 sur la liberté associative ?

Il faut une mobilisation générale entre les associations de la société civile, le peuple togolais en général et les partis qui croient encore à la démocratie au Togo. Mais c’est ça l’expression que nous vivons dans une dictature. Vous voyez, tous les thuriféraires de Faure Gnassingbé qui ont prétendu qu’avec le fils la dictature n’est pas comme avant. Le père n’a jamais supprimé cette loi de 1901, le père n’a jamais fermé des radios, le père n’a jamais commis tout ce qui se passe aujourd’hui. Ça veux dire que nous sommes dans une dictature pure et dure, mais beaucoup plus perverse que l’ancienne. Donc nous devons être vigilant par rapport à cela et résister. Donc il n’y a que la résistance comme arme.

Mais cette résistance devrait être remobilisée. Il faudrait que de nouveaux partis et de nouveaux leaders émergent pour conduire la lutte, parce que la lutte ne se conduit pas toute seule comme ça. Il faudrait qu’elle soit dirigée par de nouvelle tête. Puisque tous les autres leaders sont grillés. Ils n’ont plus rien à proposer, ils se sont compromis, ils cautionnent des fausses élections, donc tous ces gens sont des traîtres, il faut de nouvelles têtes, de nouveaux partis politiques pour reprendre la lutte là ou elle était restée. Parce que la dictature est en train de rogner sur les acquis de lutte du peuple togolais, comme la loi de 1901, la liberté de presse.

La Haute Autorité de l’Audio visuel et de la Communication (HAAC) est devenue une institution scélérate. Alors qu’au début, lorsqu’on faisait la Constitution, on a fait de la HAAC un instrument pour préserver la liberté de la presse, pour la défendre coûte que coûte. Or aujourd’hui, on en a fait un instrument de censure avec des traîtres. Voilà les résultats. Donc par rapport à tout, il faut que la lutte soit reprise là où les traîtres l’ont abandonnée pour que le Togo qui est la seule dictature dans la sous région actuellement puisse prendre le train de la démocratie aussi.

Propos recueillis par AKG







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