Togo Dialogue : Doit-on nécessairement composer avec l’armée ?

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Plusieurs acteurs de la vie socio-politique lèvent la voix en faveur de pourparlers inclusifs. C’est bien la position de l’Ancien Premier Ministre, Président de l’Organisation pour Bâtir dans l’Union un Togo Solidaire (OBUTS). Quelle pourra donc être la place de l’armée le 15 février prochain ? Doit-on nécessairement composer avec elle ? Des éléments de réponse avec M. Agbéyomé Messan Kodjo.

Selon plusieurs témoignages, les tractations ayant abouti à l’APG n’auraient pas suffisamment impliqué les Forces Armées Togolaises. Cependant, cet accord est porteur de lourdes décisions relatives à la refonte de cette entité tout comme la reconsidération de sa position vis-à-vis des acteurs de la vie politique au Togo. Suite aux derniers événements, une nouvelle rencontre s’annonce. Elle sera probablement le lieu d’autres décisions d’envergure. Monsieur le premier ministre, vous parliez dans votre tribune mardi de la nécessité d’un dialogue inclusif.

Que pensez-vous alors de l’armée par rapport aux prochains pourparlers ?

AMK: Les Forces armées togolaises constituent la puissance militaire de la République togolaise, chargée de la défense de notre pays et de la protection des intérêts nationaux du Togo.

À des degrés de densité moindre ou prégnante, en fonction des zones géographiques, l'histoire politique de toutes les Nations à l'instar de celle du TOGO est marquée par la présence de l'armée dans le jeu politique directement ou indirectement.

L’armée peut être regardée en termes de géostratégie, de géopolitique ainsi que de géoéconomie. Je rappelle que la géoéconomie est l’analyse des stratégies économiques diligentées par les États dans le cadre de la défense ou de l’aide au développement de leurs entreprises nationales vis-à-vis du contexte concurrentiel mondial.

La présence de l’armée dans la vie politique nationale se décline par ailleurs sur les théâtres extérieurs des opérations de maintien de la paix, dans la gestion des catastrophes naturelles, et dans des interventions liées à des crises humanitaires.

La loi fondamentale de notre pays définit clairement les missions de notre armée nationale à savoir : préserver les intérêts supérieurs du Togo (le maintien de l’intégrité du territoire national, le libre exercice de notre souveraineté nationale, et la protection de nos populations) ; notre armée nationale contribue également aux actions en faveur de la paix et du droit international.

Aussi, la loi fondamentale de notre pays affirme la neutralité de l’armée dans le jeu politique. Les Forces armées togolaises assurent la sécurité de nos frontières terrestres, aériennes et du plateau continental. Elles protègent les intérêts stratégiques de la Nation. Il s’agit en l’espèce, de missions régaliennes.

Diversement appréciée par l’opinion publique s’agissant du rôle qu’elle a joué depuis la période post coloniale, notre armée nationale apparaît néanmoins comme un acteur majeur que nul ne saurait mésestimer dans la recherche d’une solution durable à la crispation politique qui secoue le Togo.

C’est pourquoi, il me semble important qu'elle prenne la place pleine et entière qui lui revient, dans le cadre des prochains pourparlers afin de l’écouter, de connaître ses motivations, d’entendre sa lecture de la crise et en opportunité, la réaffirmation qui lui incombe relativement à son rôle républicain dans un nouveau contrat social tendant à sceller pour rassembler davantage les Togolaises et les Togolais autour d’un idéal commun de justice, de paix, de développement et de prospérité partagée pour tous, et tendant à susciter chez chaque togolaise et chaque togolais le sentiment d’appartenance à une communauté de destin.

L’histoire post coloniale de notre continent apporte la preuve de ce que généralement, la démocratie et l’armée ne font pas bon ménage ; pour autant, la marche du monde nous enseigne que l’armée est garante de la stabilité des institutions démocratiques y compris dans les pays reconnus très démocratiques à travers le monde.



C'est dans cette projection régalienne de l'armée et fort de notre ardent désir de vouloir vivre ensemble dans la paix et la cohésion nationale, mû par le seul souci de conférer aux prochaines assises toutes les chances de réussite, que nous prônons l'inclusion de tous les acteurs de la vie politique, économique et sociale afin de conclure ensemble avec un large et paisible consensus, un pacte républicain transcendantal à même de conduire le Togo vers des rivages de paix et de progrès.

Car nul ne peut valablement prétendre être habité de "vertus démocratiques" et inciter dans le même temps à l’exclusion.

Dans une société traversée par des inimitiés regrettables ainsi que par des convulsions multiples, le triomphe des intérêts partisans et de la malveillance, tous ces indicateurs constituent des défis majeurs qui nous interpellent tous et qui appellent à les relever collectivement. Renouer ensemble à l’échelle nationale les fils de la confiance indispensable au vivre-ensemble, à valeur de meilleure option que l'exclusion.

Comment faire venir l'armée à la table de négociation ?

AMK: L’armée est une composante de la Nation togolaise. Elle est vraisemblablement interpellée par les soubresauts qui marquent le quotidien de nos concitoyens ; l’armée joue sa partition d’une part, en termes de renfort au maintien de l’ordre ; et d’autre part, en termes de régulation des remous sociaux qui ont fait le siège de notre pays. Subséquemment, l’armée a certainement son point de vue à donner, et une vision à partager ; la tenir à l’écart procèderait d’une mauvaise inspiration.

Étant aux termes de la Constitution togolaise soumise à l’autorité du Chef suprême des armées légalement en fonction, il suffit qu’elle soit conviée par le Premier Magistrat de notre pays, pour qu’elle prenne toute sa part dans les prochains débats sans préjugés et sans tabous.



Je fais confiance à notre armée et ne doute pas de ce qu'elle saura faire montre d'une lecture républicaine des défis auxquels notre pays est confronté ; qu’ainsi, elle apportera sa contribution portée par la promesse de bons chemins de la paix, de la justice, de la concorde nationale, du développement harmonieux et de la prospérité partagée pour tous au Togo.

Enfin s’agissant de l’ensemble de la classe politique, il nous revient désormais de rompre impérativement avec les faux-fuyants et de prendre courageusement en responsabilité, le chemin de la franchise, de la lucidité, du pragmatisme et du patriotisme.

L’heure de vérité et du courage politique a donc sonné pour tous.

La capacité de notre discernement politique dépendra l'avenir de la Nation toute entière. C’est ma part de vérité.

Je propose à la méditation de chacun, la pensée suivante du philosophe Nietzsche. Je cite : « La vérité tue, celle que l’on tait devient vénéneuse ».
Je vous remercie.

Propos recueillis par A. Lemou







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