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Togo : république démocratique des trois peurs

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« J’ai appris que le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité de la vaincre. » Nelson Mandela

Dans une audio qui a récemment circulée sur WhatsApp, l’intervenant rapportait les propos d’un homme politique Ghanéen sur les Togolais. Selon cet homme politique qui est aussi un activiste pour la démocratisation de l’Afrique, "les Togolais ont trop peur". Cette peur qu’il affirme ne pas comprendre, surtout au sein des Togolais vivant à l’étranger, explique la longévité du régime qui les malmène depuis plus d’un demi-siècle. À cette déclaration de l’homme politique Ghanéen s’ajoutent des interventions - bien maladroites selon moi - de certains activistes togolais qui expliquent le statut quo actuel par la peur de leurs concitoyens.

Face à ces propos, je serais bien tenté de dire, à l’instar du Christ : que celui qui n’a jamais eu peur d’une dictature aussi féroce lance des pierres au peuple togolais. Mais au-delà des émotions, une réflexion plus profonde s’impose sur cette peur qui sévit au Togo ; pour vaincre la peur, il faut cerner son anatomie.
La peur est générale au Togo car elle touche tout le monde, du chef de l’État au citoyen lambda. Pour tout dire, la peur est si répandue qu’on pourrait parler d’une épidémie nationale. Un livre de 1000 pages ne suffirait pas à éplucher toutes les facettes de la peur au Togo, raison pour laquelle j’irai bref. Trois aspects de cette peur me paraissent importants.

D’abord la peur des dirigeants vis-à-vis de leurs concitoyens.
Comme dans toute autocratie, c’est-à-dire un régime politique dans lequel un individu gère le pouvoir sans partage et détient son pouvoir par la force illégitime, le dirigeant togolais et sa clique vivent dans la crainte permanente qu’une force plus grande que la leur vienne leur retirer le pouvoir, que cette force vienne d’un individu, d’un groupe d’individus ou de tout un peuple. Ils sont donc aux abois et utilisent une répression tout azimut pour éteindre la moindre étincelle de contestation qui pourrait conduire à leur chute. Les dirigeants instillent donc la peur au sein de leur peuple pour cacher leurs propres peurs. En octobre 2017, lorsque j’écrivais par exemple que "Faure Gnassingbé doit se libérer de la peur", c’était bien pour l’inviter à mettre fin à ce type de peur, car l’impact sur le progrès du pays n’est hélas plus à démontrer.

Ensuite la peur des citoyens vis-à-vis des dirigeants.
Cette peur est la résultante de la première, l’autre partie de l’équation. Les dirigeants ayant peur et voyant en tout citoyen la source de leur peur, ils font tout justement pour accentuer la vulnérabilité des citoyens afin de les rendre moins dangereux pour le long règne que ces citoyens rejettent dans leur majorité. Et au Togo, la mayonnaise prend : les citoyens ont peur de leurs dirigeants ; ils ont peur de demander des comptes aux dirigeants (ou le font trop timidement au point d’être inefficaces), car cela peut les conduire en exil, en prison, au chômage ou au cimetière. Machiavel n’aurait pas réussi meilleur exploit.

Enfin la peur des citoyens par complaisance, c’est-à-dire la peur que les Togolais s’auto-infligent par manque de vigilance ou pour faire plaisir aux acteurs politiques. Cette peur-là qui a sa source dans l’hypocrisie ambiante est à mon avis la plus dangereuse pour l’avenir du Togo.

Cette peur résulte du contrôle que les acteurs et partis politiques exercent sur la psychologie des citoyens. Cette peur est celle que les citoyens éprouvent non pas parce que leur intégrité physique ou leur carrière est directement menacée, mais plutôt parce qu’une situation donnée n’avantage pas l’homme ou la femme politique qu’ils soutiennent ; c’est donc une transposition des inquiétudes des acteurs politiques au sein de la population. Ce qui normalement relève de l’acceptation de la réalité politique devient une psychose, un problème de santé publique au Togo.

Cette peur disparaît dès que l’acteur politique pour lequel on sympathise sent le vent tourner en sa faveur, et réapparaît dès que des obstacles majeurs surgissent dans l’atteinte des objectifs de cet acteur politique. Dès qu’on estime que le politicien que l’on soutient est sur le point d’atteindre son heure de gloire (devenir le successeur de Faure), cette peur disparaît. Mais dès qu’on sent qu’un fossé se creuse entre les ambitions de cet acteur politique et la bien triste réalité (ce n’est pas sûr que cet acteur-là succédera à Faure), cette peur réapparaît.

La raison pour laquelle je l’appelle une "peur par complaisance" est qu’elle n’est que la résultante non pas de nos besoins naturels, mais plutôt de nos préférences et préjugés, de nos calculs bien trop égoïstes. Cette peur explique les volte-face répétés des politiciens de l’opposition et le déni de leurs engagements vis-à-vis de leurs pairs, les deals maffieux que ces politiciens font avec le régime du genre "si ce n’est pas moi que le petit reste", ou carrément les opérations de sabordage des efforts communs.
Si cette peur s’arrêtait aux politiciens, cela ne nous ferait pas perdre le sommeil. Le plus tragique est qu’elle se répand exagérément parmi les militants qui en deviennent ses relais les plus efficaces ; elle s’installe insidieusement au sein de la population, créant psychose après psychose et générant une peur et une méfiance communautaire, parfois générationnelle. Cette peur est destructive dans la mesure où elle justifie le rejet de toutes les idées qui n’avantageraient pas tel acteur ou tel parti politique, même si ces idées sont bénéfiques pour l’avenir de la nation.

En somme, les Togolais sont triplement victimes de la peur : la peur que leur inflige les dirigeants pour assouvir leur vengeance vis-à-vis d’un peuple qui doute de leur légitimité ou refuse de la leur accorder ; la peur que leur imposent les prétendants à la gestion des affaires du pays pour des calculs oh combien égoïstes ; et la peur que les citoyens s’auto-infligent pour pouvoir vivre avec ces deux catégories d’individus. Il n’y a rien de plus triste que de s’accommoder de ces deux types d’individus.





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